La vie du feu solaire
Est comme une flambée d’or pur
Je le sens se lever cet astre orangé
Sur les limites d’un ciel ardent.
Un froid inexpugnable semble trahir un Soleil
Comme une forme d’Apocalypse.
Les vignes qui donnent le vin
Bleuissent ces instants Divins.
C’est par la Porte de l’Aube que je frémis
J’entends le clairon du dernier jour.
L’écoute.

DM

Dessins anciens

Mythologies

Fresque au feutre

Cadaques rêvé

Les chants de Maldoror

 

Poèmes

Je me concentre et sous mon encre de Chine, émergent des songes,
une imagerie sans cesse changeable, des signes, des guirlandes de mots aériens
coulant sur le papyrus comme un flux d’eau de rose.

DM



On oublie presque toujours celui qui Aime. Celui tout- clair de Lune. En avant,
Sur les plaines mystérieuses qui s’étendent à jamais et pour toujours,
Dans une succession de dunes, de plages, de vallées – traversant les rivières,
Escaladant sur les plus hautes pointes de l’azur.

DM



Cadaquès le soir, quand la nuit tremble,
Cadaquès nocturne,
Cadaquès en hiver
La saison blanche
Au soir s’étanche en jeux divers
Mer immense préclaire, au soir
Mon terroir, ma demeure d’or
Quand brille sous le doux manoir
L’astre lunaire qui s’expose
Terrible et blanc
Blanc, noir, le ciel expire et ose
Une traversée vers l’expir, l’aile de verre
Qui soutient la coupole céleste et froide
Passablement ailée dans la danse
Frémissante comme les archanges, roides
Dans le gel vespéral d’un ciel en transe
De devenir astral, le moi circonstanciel
Et qui m’alarme aux heures blêmes de l’éveil.

Cadaquès le soir, DM



L’autre nuit j’étais Moi,
Si près de l’ombre vidée des sobres respirs.
J’étais agile comme l’Aigle
Aussi véloce que l’aumure
Verdissant les extases des vivants.
Je me voulais Roi
Comme aux anciens Temps
Mais j’étais prisonnier de l’Ile
Si difficile à cerner
Tel un vol illuminant
Planer dans mes nuits
Tel un rêve que j’ai voulu précieux
Dans le durable ovale mouvement de mon être
Serait-ce ce Volcan, ce magique instant
Qui fait de mon âme une cathédrale cristalline
Qui fait de ce que je Suis une dépouille des airs
Ainsi devenir volatile, puissant et vermeil
Tel cet Astre grandiose
Qui submerge mon être…

DM



Mon pleur et ma peur
demeurent. J’ai senti s’approcher la langue reptilienne
de la mort. Comme un frisson non magique à l’écume des jours,
mon devenir est inquiet tel cet oeil concave des aubes
dans lequel se blottissent les nuits avec les jours,
espoir de non rompre l’avenir.
Fragile est l’arbre qui me coiffe
de verdure violette et sombre ;
n’appartient à la négation que la fenaison qui arbore cette vie,
si délicate à présent ;
Mourir un peu le chagrin matinal
sous l’envoûtement vespéral
d’hier la nuit morte dormir.

DM
Extrait du dernier poème, le 12 septembre 2007

David Marti

Peintre et poète.

biographie

1960

Naissance de David Marti, fils unique du sculpteur catalan Marcel Marti et d’une jeune artiste, sculpteur également, Parvine Curie.


1960 - 1975

Enfance à Barcelone, étés à Cadaqués, pensionnat à Puigcerda, puis adolescence à Meudon entre son beau-père François Stahly et sa mère dans un climat créatif et intellectuel qui lui facilitera l’épanouissement de sa vocation.


1975 - 1985

École Nationale Supérieure des Beaux-Arts où il entre précocement à quinze ans avec l’appui de François Stahly.
Ateliers Etienne-Martin, Nicolas Wacker et Pierre Courtin. Il y pratique la sculpture, la peinture, le dessin et la gravure.


1978

Commande de trois eaux-fortes vendues au bénéfice de l’association Claude et François Stahly.


1979

David Marti part pour l’Inde, rejoint l’écrivain Satprem avec lequel il avait entamé une correspondance qui devait durer longtemps après son retour. Ce dernier lui fait connaître l’expèrience d’Auroville où il demeure neuf mois. L’oeuvre de David Marti sera dès lors fortement marquée par l’iconographie et la spiritualité indienne.


1981

Participe à l’exposition “François Stahly, Parvine Curie, David Marti” au Musée d’Art et d’Histoire de Meudon et au Salon de la Jeune Peinture au Grand Palais à Paris.


1982

Exposition Galerie Privat, 162, Boulevard Hausmann, à Paris.


1985

Participe à l’exposition “Parvine Curie, François Stahly, David Marti” à la Préfecture de Béthune.
Exposition à Vancouver au Canada.


1986

Frontispice du livre “Mira Mother’s chronicles”.
Institut de recherches évolutives et Mira Arditti centre - Inde.
Exposition personnelle à la galerie Cadaqués 1 en Espagne.


1989 - 1990

Exposition personnelle au Palais des Congrès à Perpignan.


1990

Exposition personnelle à la galerie Genesis à Barcelone.
Exposition personnelle à la galerie Sophie van Schendel à Cadaqués.


1993

Exposition personnelle à la galerie Expo-Art-Girona en Espagne.


1995

Nouvelle exposition personnelle à la galerie Sophie van Schendel à Cadaqués.


1996

Exposition des oeuvres de David Marti et de son père Marcel Marti à la Galerie S. à Cadaqués.
Participe à l’exposition “David Marti-Crav” au Casino de Cadaqués.


1997

Participe à l’exposition “David Marti-Crav” à la galerie Sa Casa à Cadaqués.


1998

Participe à l’exposition “Les Fruits de la Passion” à la Maison Masart à Paris.
Exposition “David Marti - Marcel Marti” au Centre Culturel de Bagur en Espagne.
Participe à Art-Expo à Barcelone.


2000

Exposition personnelle à la Galerie Editions “La Chouette diurne” à Paris.


2001

Exposition de dessins, à El rincon de Marta, à Cadaqués.
Exposition personnelle à l’Institut Français de Barcelone.
Présentation de son recueil de poésies dans la revue littéraire Rémanences, n°16.


2002

Exposition à la galerie Lambert-Rouland à Paris et signature de son recueil de textes et de poésies.


2004

“50 visions sur les Chants de Maldoror”, Galerie La Hune-Brenner à Paris.


2005

“50 visions sur les Chants de Maldoror”, au Musée d’Art et d’Histoire de Meudon.


2007

Participe à une exposition en pays angevin.

Septembre 2007

disparition du poète et peintre David Marti à l’âge de 48 ans.
Sa tombe domine les flots de Cadaquès qu’il aimait tant.


2008

Un hommage lui est rendu à L’Isle-sur-la-Sorgue, salle de la Congrégation : “Le poète fragile, David Marti”, exposition de tableaux et lecture de poèmes.

2009

Hommage à David Marti au musée d'Art et d'Histoire de Meudon - lecture de poèmes et exposition de peintures.

2011

Hommage à David Marti, peintre et poète. Poèmes et oeuvres sur papier à la galerie La Hune Brenner.

2012

Soirée hommage à David Marti. Lectures par le Brigade d'Intervention Poétique - Collégiale Saint-Martin, au milieu des sculptures de Parvine Curie, Angers.

2013

Oeuvres sur papier, lecture de poèmes - Galerie La Maison Sur La Sorgue, L'isle-sur-la-Sorgue.

2014

Publication de « David Marti, poésie et dessins » édition limitée à 75 exemplaires, préface d'Olivier D’Antin.

2015

Création du Fonds de Dotation « Parvine Curie – David Marti »

Scarlett Reliquet |

David Marti, continent perdu

L’oeuvre est foisonnante et sibylline, elle oppose par ses qualités propres une certaine résistance aux méthodes de l’analyse, à laquelle il faut cependant se soumettre. « Définir une chose – or c’est déjà l’isoler – c’est l’abîmer beaucoup. C’est la tuer presque (…) », écrivait Dubuffet en 1947, illustre défenseur des « singuliers de l’art ». Alors, pourquoi se plier à tout prix au jeu du classement et des définitions ? Tentons plutôt d’aborder le travail comme un continent étranger, sachant que personne, ni l’artiste en l’occurrence, ni le « regardeur » n’est indemne de tout savoir. Les catégories historiques et culturelles y compris avec leur caractère « asphyxiant » - pour reprendre le terme de l’inventeur de l’art brut - s’imposeront à notre jugement, quoi qu’il arrive. On sait aujourd’hui que l’étanchéité des cultures populaire et savante est un leurre. David Marti, quant à lui, brouille assez bien les pistes en empruntant à égalité et en toute conscience aux deux. Seule certitude, l’artiste n’incarne pas l’une de ces figures de l’art brut ou de l’art naïf.

On est frappé de voir à quel point certains artistes entrés au panthéon de l’Histoire de l’art pratiquent le retrait du monde, le geste compulsif, la répétition du motif ou du thème, traversent des états psychiques extrêmes à égalité avec les artistes « clandestins », « muets » comme les qualifiait justement Francis Ponge. Ne disons pas non plus que tous s’équivalent et que le monde est « insensé ». L’approche nosologique est dangereuse et inefficace. Ou bien toutes les oeuvres d’art procèdent des mêmes mécanismes psychiques et sont d’ordre « pathologiques » ou bien il n’y a que des différences d’un être à un être. On opte évidemment pour la seconde réponse. Si l’on se veut se risquer à des comparaisons - non pas au plan formel mais au plan des motivations psychiques - l’oeuvre de David Marti rejoint celles d’un Louis Soutter ou d’un Lars Hertevig (ce dernier a inspiré l’opéra contemporain Melancholia au compositeur Georg Friedrich Haas ).

David Marti a baigné dans un milieu culturel riche depuis l’enfance et s’est nourri aux textes des grands auteurs (Hölderlin, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Rilke,Artaud), comme il a posé son regard affûté sur les créations artistiques occidentales et orientales, au cours de ses voyages, en Inde notamment. C’est l’un de ces voyages qui l’a mené près de Pondichéry à Auroville, à une communauté d’Européens en quête d’une vie spirituelle, où il fit à l’âge de dix-sept ans la rencontre, capitale pour lui, du chef spirituel Satprem. David Marti fuyait alors « ce monde détruit, ce monde fou, ce monde hilare » (DM, Satprem, cheval bleu) à la recherche d’un message d’espérance ou d’expérience.

Il a suivi une formation académique à l’Ecole de Beaux-Arts de Paris dans les ateliers d’Etienne-Martin, de Nicolas Wacker et de Pierre Courtin, où il a appris entre autres les techniques de la gravure. Il a appris aussi de ses deux parents : son père Marcel Marti et sa mère Parvine Curie, tous deux sculpteurs, ont travaillé autour de lui, sous ses yeux. Il a été littéralement environné par l’art. Ce fut ensuite François Stahly, le second mari de sa mère, qui le marqua, infiniment par sa sculpture, sa culture classique et aussi par son attrait pour la philosophie orientale.Avec ses proches, il a entretenu au cours de sa brève vie une relation intense et affectueuse, recherchant ces « instants d’âme en conciliation » (DM, 1997).

Si la recherche de la solitude a pourtant marqué son existence – une forme de pureté a longtemps été considérée comme l’une des conditions de création propres aux « singuliers » de l’art - elle a été, dans son cas, choisie même si cela fût en réponse à un besoin vital. L’artiste se vit comme « cloîtré, encastré à [sa] chaise, immobile devant [sa] toile, comme pour tout embrasser dans la chaleur de l’atelier, barque infinitésimale… » (DM, Cloîtré, 1990). Il s’est au fond senti profondément exclu d’une société qu’il ressentait comme hostile. Cependant cette retraite n’est jamais tout à fait subie comme en témoigne certaines notes ou aphorismes laissés par l’artiste: « Oh comme j’exècre le bruit, car ici à Sa Cueta, nulle automobile ne stridule à mes oreilles. Je suis heureux d’être là dans ce silence émotif bercé par les vagues » (D.M., 1997). La proximité de l’eau, de celle qui baigne les côtes de la Catalogne, en particulier - il a vécu de longues années à Cadaquès - a joué le rôle d’un asile, d’un refuge. « O, mer des lointains invisibles ! Presqu’île de la jouvence d’un continent perdu » (DM, Hors de la chambre).Tel qu’envisagé par Lautréamont, auteur cher à l’artiste, le « vieil océan » profond et impénétrable, identique et toujours changeant incarne pleinement le symbole de l’identité. Or, quel autre sujet est plus central que celui de l’identité ou plus précisément de la personnalité dans le cas d’un artiste comme David Marti, en proie par alternance à l’angoisse la plus profonde ? Mais laissons-le plutôt décrire en termes poétiques ce qu’il ressentait : « Tout un astre d’abolition perpétuelle auprès duquel je n’étais plus rien, une âme d’abîme, une corde absolue et retentissante sous les deux masques hors de la vérité. Je ne voudrais pas me trahir, ô lecteur… […]» (DM, D’Annabelle, Peratallada, 1984).

Toutefois, ses oeuvres ont bien été crées en lien avec ce qui l’entoure, non seulement avec ce paysage de montagne et de mer si familiers, mais aussi avec les oeuvres de ses illustres prédécesseurs, Picasso, Masson, Miro ou Ponç, tous quatre Catalans de naissance ou d’adoption. Même si ses créations semblent comme retranchées du monde par leur ésotérisme et en raison du système autarcique qui les régit, elles ne paraissent pas totalement soustraites au regard du monde, ni à celui des amis, ni à celui de la critique. Ces derniers ayant d’ailleurs été successivement fascinés par son travail. Rendons hommage, parmi d’autres, à l’éditeur et ami de l’artiste, Yvan Mécif qui a eu la perspicacité et le courage de publier de son vivant une partie importante de son oeuvre littéraire (Editions Rémanences, 2001).

Comme sa prose, sa peinture transpose son monde. Elle se substitue au monde. David Marti vit dans sa peinture et celle-ci incarne le rêve qu’il porte en lui. Si chacun pratique quelque rituel quotidien, lui, dessine comme il respire, comme il marche. Chaque objet, chaque recoin de l’atelier, chaque morceau de papier qui traîne, chaque table porte la marque de sa main. Ceux qui sont entrés dans l’atelier de Cadaquès ont été submergés àla vue de tous ces dessins accrochés, ces mobiles, ces pierres peintes, ces racines décorées qui formaient le décor chaque fois renouvelé de son antre magique. « Labeur qui fait de mon être un nouveau-né aux matines » (D.M., nd), écrit l’artiste qui voit dans sa pratique un moyen permanent de régénérescence.A tel point que les oeuvres, par leur infinitude et leur similitude aussi, semblent s’engendrer les unes les autres. David Marti commet en peignant un acte de survie permanent, poussé par une violente nécessité intérieure. Son art figé, idéal fonctionne comme un antidote à ses angoisses. Il paraît s’imposer à lui, impérieusement. David Marti, lucide sur la nature de son talent, décrit un « élan qui, en nous, est comme la vague du grand large, lame enfoncée au plus profond de notre corps » (D.M., Le Don, 1998).

L’oeuvre est prolifique, multiple, envahissante, totalisante, riche et simple à la fois. Sans lien apparent avec le monde extérieur - on note une certaine dévaluation du monde extérieur - en dépit des nombreuses figures humaines et animales qui l’habitent, elle n’est en effet pas aisément pénétrable. Une impression d’ambivalence saisit le spectateur à la vue des êtres sans âge, souvent hermaphrodites, vivant à l’état de nature qui s’ébattent nus aux côtés d’animaux fantastiques. Ce monde coloré de l’enfance perdue fait de candeur et de silence est une réponse aux formes agressives qu’a engendrées la civilisation contemporaine. L’artiste a livré dans ses dessins au café, ses encres, ses peintures et ses poèmes son « énorme rêve » - pour reprendre un terme employé par l’un de ses commentateurs. L’immobilisme des figures serties et des paysages formant une nouvelle « Arcadie heureuse » ne trompe personne. De légèreté et de bonheur, point.

Les références artistiques ou stylistiques, toutes périodes confondues, ne manquent pas dans son oeuvre. On entrevoit son goût pour certains incunables espagnols de la période romane, qu’il a sans doute découverts en Catalogne. Les figures stylisées et frontales semblent sortir tout droit de ces tympans historiés ou de tel ou tel manuscrit chrétien enluminé. La modernité occidentale, notamment les exemples que constituent Matisse et sa Danse, Picasso et son travail préparatoire à Guernica, ou même le Masson des figures érotiques et ensanglantées, a impressionné son art, qui est tout sauf un art sans sources. On lit aussi une nette inspiration venue de l’art populaire indien, celui des temples et des peintures découverts en Inde. La composition étagée au lieu de la perspective mathématique, l’utilisation des aplats de couleurs, l’indifférenciation des traits physiques (tous ses personnages n’en forment qu’un), la stylisation des figures, des paysages et des éléments naturels, la saturation de l’espace pictural, la ligne ornementale, ainsi que l’ajout du commentaire écrit intégré à l’image, tout renvoie à certains manuscrits bouddhiques indiens.

Son iconographie est par conséquent tributaire d’une certaine imagerie mythologique et cosmogonique issue des deux cultures occidentale et orientale. Des dauphins, des colombes, des hérons, des lézards, des poissons, des bucéphales, des oiseaux-lunes, des éléphants, des dragons, des minotaures, des tigres, des goélands mais aussi des créatures enfantines ou des divinités féroces peuplent ses compositions. Les animaux constituent le lien entre la terre et l’homme décrit depuis Aristote dans « Les parties des animaux ». Ils nous renvoient à notre propre étrangeté sur terre, au mystère du monde, au commencement de tout. Le bleu est l’encre qui coule de sa plume, la couleur de l’infini « désert de mer » (DM, Bleu sur bleu), le blanc pur renvoie au flanc brillant sous la mer du poisson-remora, le rouge à la couleur qui émane de « l’aube d’amour » (D.M), le noir au cerne médiéval qui enserre chaque figure et la relie aux autres dans un réseau maillé, et enfin, l’ocre du café et de la poudre de curry, à deux excipients favoris, utilisés dans sa nourriture mais aussi comme base de détrempe.

Les bulles de textes inscrites tels des phylactères romans ou des cartouches s’insèrent dans la composition et y occupent une place éclairante. Inversement, sa prose est-elle souvent accompagnée de lettrines ou de dessins placés dans les marges. Car l’écriture et le dessin sont parents dans sa démarche. L’un ne peut être appréhendé sans l’autre et tous deux sont régis par les mêmes lois, obéissent au même flux créatif. Ils procèdent de la même impulsion gestuelle. Le geste fébrile de l’artiste et le signe qu’il imprime sur tous les supports relève toujours d’un désir farouche. « C’est peut-être là la forme la plus curieuse au point de vue de la genèse de ces oeuvres. On y saisit dans sa formule originelle une impulsion à créer de la matière artistique, une activité qui cherche à se satisfaire pour elle-même », écrit Marcel Réja, auteur célèbre du début du XXème siècle pour ses travaux sur les artistes « singuliers ».

Mais c’est un auteur bien aimé de David Marti, Rilke, qui pourra mieux que toute analyse rationnelle - l’oeuvre résiste assez bien à la raison - aider à pénétrer son univers. « Et lui, couché comme il l’était, l’allégé, sous les paupières assoupies dissolvant dans le goût de l’avant- sommeil la saveur douce de sa discrète mise en ordre - : avait l’air préservé…Mais au-dedans : qui retenait, empêchait au-dedans de lui l’afflux de l’origine ? […] Lui, le neuf, le farouche, comme il était enchevêtré, noué déjà aux vrilles envahissantes de son devenir : modèles, croissance étouffante, formes de bêtes en traque. Comme il s’abandonnait. - Aimait. Aimait ce qu’il était au-dedans de lui de sauvage, cette jungle au-dedans de lui, sur le muet effondrement de quoi, vert clair, son oeuvre était debout. Aimait. Quittait cela, entrait plus bas que ses propres racines dans la puissante origine où sa petite naissance était déjà survécue. Aimait, il descendait dans le sang le plus ancien, dans les gorges où l’effroyable était tapi, repu encore des pères. Et chaque terrifiant le connaissait, clignait de l’oeil, comme complice. Oui, l’effroyable souriait…Rarement, mère auras-tu aussi tendrement souri. Comment, dès lors que cela lui souriait, ne l’eût-il pas aimé. Avant toi, il l’a aimé car, tu le portais déjà, c’était mêlé à l’eau qui allège ce qui germe. » (Extrait de la Troisième Elégie des Elégies de Duino de Rainer Maria Rilke, traduction Philippe Jacottet, éditions La Dogana, 2008).

SCARLETT RELIQUET
novembre 2008

 

Lettre de DM à Marguerite Yourcenar

Cadaquès 2 septembre 1986

Chère Yourcenar,
Je pense aux îles où vous êtes en ce moment, il me plairait un jour de venir et voir un cheval blanc parmi les rochers… Marc Brossollet que j’ai connu ici a quelques-uns de mes textes et il pense vous en apporter chez vous. Je peins et je dessine et j’écris lorsqu’un saut [seau ?] venu du haut veut ainsi m’emplir et aller plus profond à l’encontre de ce que je vois. Je vous ai lu avec passion, à ma façon, et nous nous rencontrons parfois à la source de l’Art, à la source des pensées. Ici, la nature est impressionnante, tant de rochers, de monstres pétrifiés, ce lieu que j’aime est baigné par un âpre regard de soleil quand je marche là-haut dans les montagnes ou sur le bord accidenté de la mer, alors que je reviens dans le calme de l’atelier ou chez ma mère Vous qui voyagez en Méditerranée, peut-être connaissez-vous Cadaquès… C’est un bel endroit où je suis plus ou moins né, c’est pourquoi depuis trois ans maintenant je reviens y passe de longues périodes quand j’ai suffisamment de ressources, je vais et je viens entre Paris et Cadaquès. M. Brossollet voudrait m’« aider » pour publier quelque part à Paris, mais je me demande si c’est nécessaire ? Je ne sais pas ce qu’il vous apportera de moi, mais il m’a demandé de vous écrire cette lettre pour la joindre aux textes qu’il vous donnera, j’y joins ainsi quelques photos très médiocres de quelques-uns de mes travaux et une brochure d’une exposition que je fais ici en ce moment…en aurez-vous une idée ?
En tout cas la poésie m’attache à vous. Je pense à la Poésie grecque, La couronne et la lyre que vous avez si bien composée.
Je vous souhaite tranquilité et endurance, je ne vous écris pas davantage car je suis un peu sec en cet instant.
À bientôt,

David Marti

Mes deux adresses :
David Marti
1 bis rue du bassin
MEUDON-92190
(Paris)
ou
Poste restante
Cadaquès
Province de Gérone
Espagne

Je vous envoie encore une traduction de l’anglais de Sri Aurobindo faite par un ami à moi qui habite en Inde, qui pour la première fois en France a réussi à en faire paraître un « morceau » dans la revue de poésie Arpa. Sri Aurobindo poète toujours, pas autre chose.

Cinq Remparts à l’Errance |

Poème D’yvan Mécif, 23 septembre 2008.

Ce qui eut lieu
Ce que nous traçons
les empreintes les plus marquantes
sont celles laissées

négligemment
à la lueur de la lampe
et de la respiration
d’un pays inconnu
dans le silence de l’atelier
labyrinthe déserté
où nous nous égarons
le plus souvent

Elles conservent
après leur chute
secret des secrets
une laine multicolore
qui tresse les promesses
de sources verdoyantes

Loin des stèles improbables
des visages trompeurs
les poèmes
vivants ramiers
consolant
ceux qui aiment
celui à présent quitté

Seul l’héritier
isolé l’écoutant
sans descendance
mais unique l’irremplaçable
présent d’étoiles
souriantes
sur des pages
emplissant
le regard


Frôlements dans la nuit
Ce froid intense
saisissant étranglant
ayant toujours
le premier et dernier mot
devant l’énigmatique inconnu
et qui jamais ne se comprend
même à vouloir
mais que peut-on ?
ô pauvres soumis aux lampadaires
des idéaux -
si ce n’est l’instant
d’un éclair
dans une plus grande
incompréhension
encore
et pourtant
nous avançons
ô musique proche
des sabots amis !
sable herbe
serpent se rêvant
aigle et nuage -
harnachés des mêmes questions
sans réponse
et leur roue nous étourdit
nous aveugle et nous emporte
en terre de silence
en cette noire forêt
où scintille la musique
d’invisibles traîneaux

Epuisant le chemin
difficile la clarté


Don
L’enfant lit
indifférent encore
au monde
et le monde
qui le ceint
sans l’étouffer
lui insuffle
grâce suprême ! -
l’énergie
la vie court
sous ses frêles membranes
et ses mains de cristal

effleurent l’écrin
renfermant le secret de ses instants

Les hauts arbres de nuages
contiennent
dans leur regard
mélancolique
l’étincelle d’or
de ce don
venu
du pays
des neiges


Sauvé ?
Les cris étouffés
et les pleurs
et les silences
les absences soudaines
voulues définitives
lucidité aux semelles
brûlantes
oreilles assourdissantes -
ce qui allait être dit
et ne le fut pas
et les prémisses
de batailles
qui n’eurent pas lieu
ou plutôt qui sans cesse avaient lieu
dans le vacarme estival
des mouches vibrionnantes
sont l’architrave
de ces piliers mouvants
codes impénétrables
d’une lignée sans cesse
rompue
échouage en notre être
de chaotiques traversées

D’une toile blanche
d’un livre qui n’est pas
noir orage et d’encre

Rien ne sommes
tout notre inquiétude
ce que nous recherchons
marin emporté
sur une planche de
non salut


De si près, de si loin
L’éclair frontal de l’enfant
sorcier plongé au coeur des songes
inondant notre table d’Andalousies
princières et terrestres
de palmes et de sable
où la nuit aime l’aurore

Le coeur au rivage d’encre
bordé d’écume
en attente
rageur impuissant devant
la ligne ferme
de l’horizon

 

Témoignages

Lettre de Satprem à DM
Petit frère,Je suis toujours près de toi et j’écoute les cris de ton coeur. Quels que soientles accidents du chemin, les hauts et les bas, ici ou là, on suit toujours un seulChemin dedans, on est sur une route éternelle et la joie du créateur est quandil peut joindre ce Chemin du dedans au chemin du dehors, alors tout couled’un seul mouvement. C’est cela, créer. Je crois en ta création.J’écoute battre ton coeur . Sois vrai.

Satprem


Lettre de François Stahly à DM
L’Art est-il nécessaire ? Il peut apparaître d’abord comme une nécessité intérieure ; puis par des chemins mystérieux, difficiles à comprendre par certainsuniversitaires, cette nécessité peut devenir communicable. L’Art devient undon, un don à l’autre, à notre prochain. Dans ce processus incompréhensible,qui précède le don, tout est affaire d’intensité, d’attention. L’Art oscille, commedisait Wölfflin, entre l’imitatif et le décoratif. Deux termes qui nous semblentà peu près péjoratifs. Et cependant chaque artiste s’en sert constamment etarrive dans les meilleurs cas à les transcender. Ces meilleurs cas sont précédéspar l’attention attentive, par un désir de réveil, quand la routine nousguette et nous réconforte. Il me semble qu’il n’y ait pas d’autres recettes pourdevenir un sannyasin de l’Art.
À David Marti avec toute mon amitié

François Stahly


Article de Lydia Harambourg,
Gazette de l’Hôtel Drouot, octobre 2000

La ligne libre, sensuelle et toujours dominée court sur le papier. De la pointedu feutre, préalablement trempée dans le thé, le café ou le curry, ce qui donneune dominante brunâtre à l’ensemble graphique, naît un monde mythique,celui de l’Eden perdu. David Marti est né en 1960 à Barcelone. Ce peintre dessinateur,qui s’est formé aux Beaux-Arts de Paris, dans les ateliers d’Etienne-Martin, de Nicolas Wacker et de Pierre Courtin est aussi un poète dont lesvers servent parfois de support à ses dessins. C’est là sa première expositionà Paris pour laquelle il a privilégié deux thèmes : la jungle avec la figure du chatet la mer. Si certains motifs ressurgissent inconsciemment de sa mémoire culturelleou originelle, récurrences d’anciennes civilisations comme le motif dela vague repris des vases antiques, il développe toute une narration mystérieuse, ésotérique, dominée par la femme, le couple et un bestiaire fantastiquequi peut aller dans certains dessins jusqu’à évoquer les mandalas tantriques. Ily mêle les thèmes familiers de l’église de Cadaquès, où il vit et travaille, celuidu rocher, les symboles de l’oeuf et du poisson. Il faut se laisser glisser dans ceshistoires qui se déroulent tantôt sur de grands papiers d’emballage sur lesquelsla force du trait charpente sans repentir ici un nu, là une sirène, dans dessimilitudes plastiques qui rappellent la gravure sur bois, tantôt sur des papiersfins où la pinta fina fait ressortir les lumières. Les motifs sont repris et développésà l’infini jusqu’à nous surprendre en laissant supposer un nouveau sujet.Ce langage très personnel et éminemment narratif est indissociable de la pratiquedes mots que David Marti manipule avec une aisance égale à celle deson graphisme.


Lettre de Javier Tomeo à DM
Mon ami David était une des grandes figures de Cadaquès, et surtout l’unedes plus matinales. Nous nous voyions toujours le matin, à la première heure.En général, il arrivait le premier à la terrasse du bar Impérial, face à la mer. Peuaprès, je le voyais emprunter le pont qui traversait la rivière, très lentement,sans lever les yeux du sol. David se surnommait lui-même l’Homme escargot.Il n’aimait pas la vitesse, il pensait que marcher rapidement était de mauvaisgoût. Il m’appelait l’Homme tortue parce que moi non plus, je ne me hâte pas.Il s’asseyait à mes côtés et parlait peu, arborant toujours un demi-sourire. Il nepouvait supporter l’avalanche de touristes qui inondent Cadaquès chaque été.C’est pour cela qu’il passait toute la journée retranché dans son appartement,à l’écart de la foule, dessinant et peignant des paysages impossibles. De tempsà autre, il décorait des pierres magiques du cap de Creus et me les offrait.Avec son feutre noir, il en faisait de petits bijoux.Tout cela, comme je le dis, avait lieu l’été. En hiver, depuis Paris, il m’envoyaitde temps en temps des poèmes et des lettres manuscrites pleines de messageset d’arabesques que, malheureusement, je n’ai jamais pu déchiffrer complètement…

Javier Tomeo

Publications

- Catalogue de l’exposition “François Stahly, Parvine Curie, David Marti”, Musée d’Art et d’Histoire de Meudon (1981)
- Catalogue de l’exposition “David Marti”, Galerie Cadaquès 1 (1987)
- Catalogue de l’exposition “David Marti”, Palais des Congrès de Perpignan (1989-1990)
- Catalogue de l’exposition “David Marti” à la Galerie Genesis à Barcelone (1990)
- “Dessins et poésies”, Editions du Bassin (1997)
- Rémanences n°16,“David Marti, poésies et autres textes” (2001)
-Texte dans “Les Cahiers Bleus”, “L’Ange et nous” (1999)
- Illustre “L’Approche du lanceur de cailloux” de Marc-Gabriel Malfant (2003)
- “50 visions sur Maldoror” illustrations et correspondance avec Marc-Gabriel Malfant, Edition Marcus, 2003
- “La Mémoire des Mondes”, Collection Diagonales. Revue Rémanences, dirigée par Yvan Mécif-Bédarieux (2007). “Poème”
- “La Mémoire des Mondes II et III”, poème posthume. Revue Rémanences dirigée par Yvan Mécif-Bédarieux.

Parallèlement, David Marti a réalisé des céramiques et des objets magiques et a fait une expérience théâtrale dans le théâtre de la Sapience, dirigé par Eugène Green.


Foires et salons

- PAD Pavillon des Arts et du Design, Jardin des Tuileries, Paris : de 2005 à 2013
- PAD Pavillon des Arts et du Design, Londres, Berkeley Square : 2009
- Salon du Collectionneur, Paris : 2005, 2007, 2009
- Salon des Antiquaires, Pont Alexandre III, Paris : 2006
- BRAFA, Brussels Antiques and Fine Art Fair, Tour et Taxis, Bruxelles : de 2005 à 2013
- Art Elysées, Avenue des Champs-Elysées, Paris : «Hommage à Gilioli», 2007
- Paris Fine Art, Palais des Congrès, Paris : 2011
- Design Elysées, Avenue des Champs-Elysées, Paris : 2012